Kanamara Matsuri – au Bonheur de Fertilité

Kawasaki, XVIIe siècle. Soir de pluie, au sanctuaire Kanayama.

Elle tombe avec passion depuis plus d’une semaine. Certaines y voient un mauvais présage. D’autres, une bénédiction.

-Il fait bien noir, en tout cas !

Elles ne savent plus si elles doivent souper ou s’apprêter pour une journée nouvelle.

-Comme si cela changeait quelque chose. C’est toujours la nuit, pour nous. Pressons, pressons ! Que j’ôte la souillure de celui-là.

-Je crains d’être…

-Quand cesseras-tu de gémir… ! Avance donc !

 

Y croyaient-elles toutes, les demoiselles des plaisirs de Kawasaki ? Elles venaient nombreuses, il est vrai. Elles se pressaient au sanctuaire shintoïste Kanayama, prier les dieux que leurs activités de charme ne leur transmettent quelque maladie sexuellement transmissible.

Et la légende, y croyaient-elles ?

La légende, ou la malédiction de ces choses-là.

A l’endroit d’une demoiselle, se cachait un démon.

Au jeune marié qui tenta de s’y aventurer, il mordit la chose.

Mais un habile forgeron décida de confectionner une verge de fer.

Le démon croqua l’engin de métal et se brisa les dents.

La malédiction prit fin, et la jouvencelle, et tous ces autres audacieux, décidèrent de célébrer la fertilité retrouvée.

 

De là vient le Kanamara matsuri, la fête de la verge de fer.

Elles sont idolâtrées et paradent dans leurs sanctuaires mobiles (o-mikoshi), ces choses de la fertilité.

 

Dimanche 2 avril 2017

La tradition est toujours là. Les jeunes gens d’aujourd’hui, les familles, les femmes et les hommes. Ils espèrent une année meilleure à cet endroit, avoir des enfants, être en bonne santé ici. D’autres festoient, la bouche pleine de sucettes, dont la forme surprenante choquerait n’importe quel badaud. L’on peut, aujourd’hui ! Aujourd’hui seulement. Au bonheur de la fertilité !

Au bonheur du respect. Accueillants, humbles, et d’une extrême gentillesse, les Japonais nous convient à partager cet  instant avec eux. Ils nous proposent de revêtir des kimono. Me voici soudain transformée en demoiselle, j’ai l’air noble et roule des yeux élégants, adopte une démarche princière. J’ai de l’allure. Je me la pète. Mes baskets viennent gâcher mon instant, hélas. Qu’est-ce donc que cela ? Une nouvelle mode. Le cool-kimono.

Nous sommes nombreux. Très. Etrangers et Japonais emmêlés dans ce rassemblement heureux, au milieu des yakisoba, des brochettes, et autres sucettes.

Je ne sais pas.

Que suis-je venue faire ici ?

Oh, on l’écrit sur l’Internet, j’ai lu les pages, j’ai retenu l’intrigue, je sais de quoi ça parle, ok. J’entends les gens rire ; ils parlent de « pénis festival ». Le mot raisonne dans mes oreilles et me fait mal. Ils n’ont retenu que ça. Ils rient gras et fort.

Ça choque, de l’Occident, ça choque là-bas. On ne demande pourtant pas de comparer, mais on compare, on assujettit à sa propre culture, on jette des « oh », et des « ah », c’est la fête de l’ethnocentrisme.

La célébration a-t-elle perdu… perdu quoi ? Le cérémonial est là, non ? Que cherches-tu, Mikki ?

Je l’ignore. Mais ce n’est pas là. Ce n’est pas là !

On dirait une kermesse.

C’est à cause de nous peut-être ?

Ah, nous autres, avec nos engins dans la bouche. On s’en fout, on se marre et on bouffe.

Les choses géantes défilent sous les acclamations. « Géantes » selon les articles de l’Internet. Elles sont, certes, plus imposantes que l’ordinaire, sans pour autant tutoyer les monts. Elles sont honnêtes, c’est déjà ça.

 

J’ai l’impression de déranger.

 

Oui, c’est ça ! Je les perturbe dans leur célébration, et tous les miens avec, tous les touristes comme ça, parce qu’on a entendu « pénis », on y va, mais qu’est-ce donc que cela !

Et les Japonais présents, peut-être s’y sont-ils rendus pour les mêmes raisons ?

On est plus sous Edo, oh ! On veut rire et sucer kiki, et alors !

Et alors !

Je ne sais pas.

Y es-tu allé-e ? Iras-tu l’an prochain ? Tu me raconteras, si tu t’es senti-e de trop, toi aussi. Pas au bon endroit. L’endroit transformé. L’endroit éventré ou dissolu dans les festivités de la chose.

 

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