San no Soh – la célébration du wadaiko

Cette fois-ci, ce ne sont pas les chutes d’eau.

Ils se bagarrent pour trouver la voie.

En 2016, j’ai assisté à mon premier concert de 太鼓 (taiko). Au Japon, l’on utilise plutôt le terme « wadaiko/和太鼓 » qui signifie « tambour japonais ». Emmenée par la charismatique Mariko Kubota-Sallandre, la formation Wadaiko MAKOTO m’a plongée dans un univers onirique, au pays des chutes d’eau. Il y en avait partout. Une tempête, d’abord. Et l’eau qui clapote doucement. Ça grossit et se transforme en torrents. Des secousses. Les chutes d’eau, encore. C’était magique.

Depuis, je pensais : oh, comme j’aimerais assister à un autre concert de wadaiko !

 

Samedi 4 mars 2017 – 11h

J’assiste au récital San no Soh, de kodô (l’une des plus troupes professionnelles de wadaiko les plus renommées) ; à sa tête, le célèbre Tsuji Masaru.

 

Tout est noir, là-bas.

Masaru avance devant l’impressionnant hira-daiko. L’instrument seul est éclairé. Puis le corps de l’artiste, de dos. Les membres se tendent, s’étirent. Les muscles se dessinent sous le sobre tissu noir. Les bachi, bâtons de bois, frappent brusquement sur la peau. Hira-daiko répond. Un son lourd et puissant. Majestueux. Loin d’impressionner Masaru, ce bruit qui fait trembler les murs le galvanise, et le voici frappant plus fort, encore encore, c’est une lutte ou une danse.

Hira-daiko

Il doit chercher un chemin. Quelque chose, là-dedans ou au-delà. Hira-daiko est si imposant ! Certainement, cache t-il la voie. C’est ça, oui, la voie !

Il passe !

Là-bas, dans la forêt, le joyeux Tah l’attend. Il rayonne, dans sa tenue chatoyante. L’or et le sang colorent le tissu luxueux. Son katsugi okedo-daiko, qu’il porte fièrement, arbore les mêmes couleurs.

Il danse.

C’est un charmeur !

La route se dessine sous les percussions claires et entraînantes de Katsugi okedo-daiko. Assurément, est-ce le bon chemin ! Masaru l’accompagne, un large sourire aux lèvres. Bientôt, ils entendent un sifflement mélodieux, comme le doux chant d’un oiseau. C’est le flûtiste Abe Kazunari qui sort des bois, dans son élégant vêtement sombre. Lui aussi cherche la voie. Paraît-il qu’il y a une célébration, là-bas.

Ils rient. Là-bas, là-bas ! L’imprécision de l’information ne les inquiète pas. Bien au contraire ! Ils ne sont plus seuls. L’on dirait le bonheur retrouvé.

De gauche à droite : Nagado-daiko, Okedo-daiko, et Shime-daiko

Ils ont trop tardé sur le chemin. Les arbres s’amassent autour d’eux et ferment la voie. Les buissons se transforment en épines, et leur demandent de passer quand même ! Est-ce une farce ? Ouvrez ! Ouvrez donc la voie ! Les arbres s’écartent dans un bruit terrible, qui fige un instant les trois amis. Le terre se soulève, les wadaiko hurlent, tout s’écartèle et se dresse. Un chemin. Trois, dix, vingt ! D’immenses bras les attirent là-bas. Ils attrapent une jambe, s’emparent de la gentille flute traductionnelle. La sorcière leur susurre : « Prenez ce chemin là ! C’est le bon ». Sa voix est comme l’heureux chant d’un oiseau. La mauvaise ! C’est elle, la voleuse ! Et il faudrait croire cette vilaine-là ? Le vent balaie quelques ronces, roule et embrouille les buissons épineux : « Allez donc par là ! La voie est plus sûre ! »

Hira-daiko et Nagado-daiko

Les percussionnistes ne savent qui croire. Ils agacent la sorcière et le vent, à ainsi tergiverser. Le vent gonfle ses énormes poumons. Les trois amis se protègent comme ils peuvent. La sorcière hurle violemment. De nouveau, la lutte. Le son perce le cœur, et les os qui s’agitent, c’est une secousse perpétuelle. Les artistes aussi gueulent fort. Ils frappent avec rage sur les peaux des instruments, plus fort, plus fort encore, plus vite, encore encore. Leurs bâtons s’élèvent dans un mouvement circulaire impressionnant.

Viens, Hira-daiko ! Viens, Katsugi okedo-daiko ! Shime-daiko ! Nagado-daiko ! Viens !

Ils tombent. La fatigue et la joie éclaire leur visage.  La voie est là ; elle les porte jusqu’à la célébration. Les êtres de la forêt flottent autour d’eux. Et les chants, et les percussions. C’est le bonheur retrouvé.

Voici donc l’étrange histoire qui germa dans mon espèce de cerveau, alors que j’assistais au concert de wadaiko. Masaru, Tah, Kazunari. Ils sont brillants. Etincelants. Majestueux. Ils ne forment qu’un avec leurs instruments, et mes yeux qui dévorent s’ouvraient bien grand. Les images s’imposent d’elles-mêmes dans ma cervelle ravagée. Je ne comprends rien et écris.

La fin du concert approchant, les artistes nous invitent à partager leur joie. Nous battons des mains avec envie, jouons avec eux, instruments vifs et dynamiques. Une Japonaise monte sur scène, effectue de joyeux et légers pas de danse. C’est un bel oiseau qui virevolte entre les percussionnistes.

Au bout de deux heures, je ne suis pas rassasiée. C’est pourtant la fin du concert. Non, non ! Je veux rester ici, toujours. Il y a encore beaucoup de magie sur scène. Et la sorcière, et le vent ? Il faut aller leur casser la gueule.

Las, les hommes ont quitté la scène. La salle se vide peu à peu. J’en profite pour photographier de plus près les beaux instruments. Voici un nouvel amour naissant. Oh, j’ai des passions, que veux-tu !

Dehors, dans la salle d’accueil, je découvre, étonnée et enchantée, Kazunari, Tah, et Masaru, au milieu du public, et les photos, et les discussions enjouées. J’ai bien envie de me glisser entre deux Japonais, moi aussi, de lâcher un « とても素晴らしかったです。 » (totemo subarashikatta desu / c’était vraiment magnifique). J’attends de longues minutes. Je veux voir Tah ! Il est là-bas, baignant dans son public, et les photos, et les discussions enjouées. Je me faufile dernière Masaru. Un couple me grille la place. Quoique, chère Mikki, stationner dans le dos des gens, est-ce vraiment le bon emplacement pour engager la conversation ?

Je me déporte à droite, où Kazunari est enfin lâché par ses fans. J’approche, j’ai l’air d’un loup. Un jeune Japonais surgit devant moi, devant Kazunari ; ils se connaissent. Ils parlent joyeusement.

Ils semblent se connaître tous. Ce n’est pas juste ! J’ai des pensées comme cela, oui. Ah, tu aurais dû venir plus souvent, être là il y a deux, dix, quinze ans ! Tu aurais joué les fans intimes, comme ceux-là, qui se pressent contre les artistes, et les photos, et les discussions enjouées. Mais je ne suis pas fan, moi. Je suis réservée. Ah, non ! Cinq minutes qu’on poireaute, tu vas-y aller, ma fille, tu vas leur parler ! Va !

Je fuis vers la sortie.

Le concert à eu lieu dans ce grand immeuble, au fond : le Musashino swing hall

Oh, je n’ai pas osé ! Je suis introvertie ! Je mets tout cela sur ton dos. La réserve, la timidité, porte donc le fardeau. J’ai plus de facilité à évoquer mes chaussettes trouées qu’à saluer un être humain. La prochaine fois, oui. Un jour. Je l’espère. Je conserve le beau souvenir de cette rencontre magique. Le joli rêve, nous l’avons tous fait ensemble.

Je te souhaite, toi aussi, de pouvoir assister à un concert de wadaiko. J’espère en voir d’autres, et me documente, en attendant. D’ailleurs, si j’ai commis quelque erreur, n’hésite pas à me l’indiquer (la fille qui compte sur les autres pour rédiger ses articles u_u). Je découvre l’art, et espère avoir bien nommé les différents instruments (mais oui, mais oui, 自信もって!Jishin motte !/aies confiance!).

Je suis tous doigts dehors, pour que nous discutions wadaiko, par claviers interposés, dans cet espace-temps de l’Internet.

 

Les liens sympathiques

Facebook de Tsuji Masaru

Site du groupe wadaiko MAKOTO

Les prochaines dates de représentations kodô (principalement au Japon)

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