Bilan Japon novembre 2016 ~ Le retard

C’est le ventre lourd que je me livre, avec mes bouts de doigts gelés par l’hiver.

Je déconne. A Tokyo, il ne fait pas si froid. C’est pas Lille et ses moins machins trucs (ahahah) (rire de méchante). Et on dit quoi à Paris ? Paris, Lille, c’est la même, arrêtez. Les Parisiens qui se la pètent avec leur climat, venez qu’on discute, on va respirer la pollution deux minutes.

ikebukuro_chikaku_1

Ici aussi c’est pollué de ouf.

Wo, Mikki en mode vénère HAN, ça rigole plus. Nan mais c’est la nostalgie, arrêtez. C’est cool Paris. Y’a Book off (n’importe quoi) (sympa pour la famille !). Le Centre, c’est bien aussi. Le Nord, of course. Le Sud c’est cool sauf en été sérieux. Les températures, la famille ! On discute un moment des températures !!? Déjà qu’avec le réchauffement climatique, dans le Nord, tu te crois dans le Sud, alors dans le Sud, tu te crois où ? Et moi qui veux tester la chaleur version Congo-Brazza … Défi 2017 !? Quand j’y suis allée, c’était doux (vers le mois de mai). Sérieux, je veux le faire !

Ainsi s’achève cette introduction très météorologique !

Précédemment dans Multicolore au Japon

Je suis en retard.

Retenez bien cette phrase. Je ne tutoie plus, l’heure est grave. Emouvons-nous ensemble, mes chèr-e-s compatrioteuh.

JE SUIS EN RETARD !

En France, j’étais connue pour ma ponctualité légendaire. L’on me surnommait « Horloge », ou encore « Montre bionique ». J’étais là avant l’heure, mon ombre majestueuse couvrant l’horizon. Je suis très « je me la pète » ce soir. Vous avez déjà vu quelqu’un se venter de son ombre ?

ikebukuro_chikaku_2

Mon ombre fait toute la rue, eh ouais, ça t’impressionne HAN.

A Tokyo, je cultive l’art du retard. Au pays de la ponctualité, je me permets de ne pas respecter l’heure, d’arriver en cours après l’horaire prévu, avec ma transpiration et mon rhume coulé-séché, la langue qui part sur le côté, on dirait un pervers dans ses meilleurs jours. Et je m’avance, et les narines s’ouvrent, comme si la parole allait sortir de là-bas, et je souffle « すみません。。。 » (sumimasen… / excusez-moi) C’est TOI LE SUMIMASEN ! Je vais t’en foutre des SOUMIMASSSEN, imbécile ! Tu faisais quoi d’abord !?

Je faisais mes cheveux.

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Je vois votre air narquois, votre sourire cynique. Vous pouffez sur votre clavier, vous l’aspergez de postillons moqueurs. Allez-y ! Riez ! Vous n’avez pas les cheveux crépus, vous. Ah, voilà, on se comprend maintenant ?

J’ai eu plusieurs phases dans ma relation capillaire. J’ai des relations avec les personnages fictifs, les chats, et maintenant, les cheveux, oui. Je suis comme ça !! Quoi, tu veux appeler la police !? Viens, rien à foutre, OSEF, 21H45 je ne crains rien ni personne HAN.

Avant, je croyais que les cheveux crépus n’étaient bons qu’à être tressés. J’apprends aujourd’hui à entretenir ma belle masse capillaire. Ce n’est pas si compliqué que ça. Ça ne prend pas non plus beaucoup de temps (sauf les soins profonds ! Sérieux faut poser un RTT ahah).

L'arcane de LAVISETTE est aussi terrible que redoutable. Oui.

Les cheveux, c’est important, capillairement parlant.

Eh ouais, on peut être viril-e et kiffer ses cheveux. Même Ken le dit !

Le jour où je suis arrivée en retard en cours commençait pourtant bien. Je me lève tel le Tigre bondissant, effectue mes ablutions matinales, écrase mon corps velu contre le sol : c’est parti pour les pompes ! Je veux devenir comme Ken, ce n’est pas une blague. Pompons ! Je m’incline au bout de la 10e pompe. ARRETEZ DE RIRE ! Le mois dernier, je n’en faisais pas cinq, alors u_u. Il n’y a pas de petit commencement, n’est-ce pas, Vash ?

Je sais pas, je suis né baraqué. Sois pas dég.

Après le sport, le réconfort : confiture par kilos, hectolitres de jus, kilomètres de tartines. Je plaisante. Mais j’ai faim, maintenant, le matin. Je mange de la confiture, allons donc ! Cela doit bien faire quelques années que je n’avais planté mes crocs d’acier dans du pain confituré. Je suis comme ça ; même quand j’apprécie quelque chose, je peux m’en passer. J’ai un côté très « je peux m’en passer » « ça sera pour la prochaine fois ». Sauf pour les senbei. Il faudra que je vous reparle de mon nouvel amoureux. Oh, Senbei ! Je craque littéralement pour lui >_< avec des cœurs et des joues en feu, oui.

Après le petit-déjeuner, les devoirs. Le cerveau ingurgite les kanji comme il le peut. Les progrès sont là, même si je ne suis pas 上手 (jouzu = douée).

JE NE SUIS PAS 上手 !!

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Pause JOJO ! Obligé je sors le smartphone. JOJO, quoi !

Reste cool, ça va l'faire ~ JoJo6251 © Hirohiko ARAKI / 1993 / Shûeisha

Yeah baby, JoJo ~ JoJo6251 © Hirohiko ARAKI / 1993 / Shûeisha

Très chèr-e-s Japonais-e-s, je le sais, la politesse vous caractérise, oui, oui. Mais je ne suis pas 上手 ! Ne me dites plus que je suis 上手 parce que j’ai dit こんにちは、(konnichiwa), mon cœur saigne et je crains votre 本音・建前 ! (honne/tatemae, où l’art de ne pas dire ce que l’on pense vraiment…)

Dites-moi plutôt que je peux un peu しゃべる (discuter, parler). Comme cette gentille dame qui pensait que j’avais 20 ans (ma pauvre, si tu savais… !). Conformément au savoir vivre japonais, je ne cessais de répéter que j’étais 苦手 (nigate = mauvaise, sous entendu, en japonais) (ce que je pense, sérieux. Une phrase, une faute, s’il vous plaît !).

Mais après 5 bonnes minutes de discussion, la dame me coupe : « allons, tu comprends ce que je te dis, et tu me réponds ! しゃべるよ ! / Tu peux t’exprimer ! »

しゃべることが出来る。 (Je peux parler !)

A quelques jours de mon départ pour le Japon, je réalise que je n’ai pas de dictionnaire français/japonais. Je me demande si je dois sauter dans le premier TGV pour aller au Book off de Paris, ou à Junko (je parle comme une riche, mais en fait… non u_u). Je cherche à la Fnac et au Furet du Nord (si t’es pas du Nord tu peux pas connaître le Furet) (du Nord u_u). Je trouve des dicos à 40 euros minimum. Des gros machins qui alourdiront encore plus mes valises déjà bien chargées.

Ici aussi y'a Book off HAN

Of course, ici aussi y’a Book off HAN

Je fais l’impasse sur les dicos, avec une petite gouttelette de sueur froide qui ruisselle sur ma tempe de nolife. 大丈夫かな。。。 (daijoubu ka na… / est-c’que ça ira… !?)

J’ai bien fait de ne pas prendre de dicos. Je m’en sors sans. Quoi ? Pourquoi j’ai pas pensé aux appli’ ? Ecoute-moi bien – et oui, je te tutoie et te vois, là, oui, tu ouvres les yeux trop grand – moi, j’avais pas de smartphone avant de vivre au Japon. Eh oui ! Ferme la bouche, ce n’est pas si scandaleux, enfin. Moi et mon Samsung Player One, on s’entend très bien. On est très potes, si tu vois c’que j’veux dire.

Hélas, au Japon, ils sont pas très anciennes générations. J’ai envie de faire une comparaison stupide,  mais je vais m’abstenir. J’écris déjà assez d’énormités comme ça, n’est-ce pas. C’est bien de faire de la place aux jeunes, mais n’oublions pas les anciens ! Je parle en votre nom, génération grisonnante nippone ! Mon Player One est comme vous : vieux, mais robuste ! Bon ben, je l’ai dit, finalement. Mais à l’élégante, avec du beau vocable, n’est-ce pas.

vers_ikebukuro_ouest

Je discute, mais j’avance. Follow, Tsubasa ! Comme dit Roberto. J’espère que tu connais ROBERTO. Captain Tsubasa ! Olive et Tom, ils sont toujours en formeuh.

Et donc, le retard.

Novembre, c’est le retard.

Retard pour se coucher. Retard pour se lever. Retard pour manger. Retard pour réviser. On sort son livre de kanji à l’arrache, et les phrases à apprendre par cœur, je tourne et tourne sur le quai du métro. Un salaryman se met derrière moi ou essaie. Il ne sait je monte dans le métro ou si je vais continuer de faire la toupie. Et j’ouvre la bouche, en plus. Je révise, quoi ! Il doit me prendre pour une ivrogne. A 14H05. Les cours commencent dans moins de 10 minutes.

Je suis en retard.

Je prends quand même bien soin de choisir la dernière rame du métro. La rame 10. C’est ma rame, celle depuis laquelle je peux entendre les monosyllabes du conducteur. Je n’y prête pas attention. J’aime juste m’adosser en mode rebelle-relax. Ma rame 10 ! Ma barre ! Mon escalator ! Ma sortie !

Il y a une sortie tout près de l’école, mais je préfère en prendre une plus éloignée, pour marcher. Traverser le métro avec les gens, ça m’épuise. C’était la phrase asociale du jour. N’oubliez pas qu’en plus d’être nolife, je suis terriblement casanière. Imaginez donc le choc culturel, quand je tambourine dans les corps japonais, et qu’eux tambourinent dans ma chair, nous voulons tous aller dans une direction, et nous tamponnons avec entrain, il n’y a pas de place, c’est le rush, tout le monde sort en même temps. C’est surtout vrai le matin, et le soir.

Oh, le soir !

metro_2

Les premiers jours, j’attendais sagement dans la file, et montais m’écraser contre la vitre, les gens, essayant maladroitement de tenir en équilibre. C’était blindé, quoi.

Et puis, je me suis dit : WHY ? Why, comme dit Mimasaka san dans un épisode de Hanadan.

Biiikoooz’ lui répond Théière. C’est Nishikido son nom, mais chez les Forever, on l’appelle Théière.

Depuis cette révélation du WHY, je ne monte plus dans les transports bondés. Qui m’attend à la maison, de toute façon ? (Sens-tu le désespoir dans mon écriture ?) (Même les nolife ont besoin d’amuuuur u_u). Même Raoul voulait aimer !! Raoul de Ken Ken, le survivant de l’enfeeeeer, il serait tant que tu te fasses l’intégrale.

Je marche donc tranquillement jusqu’à ma rame 10, laisse passer les métros… J’attends. Le métro arrive et emporte tout. Un vent puissant fouette mon visage, et je me sens comme une héroïne de film. Ce vent, c’est mon petit plaisir d’après l’école. J’ai des plaisirs simples, oui. Et gratuits.

Ah bah, dans celui-ci non plus.

Je monterai pas dans celui-ci.

Le soir, quand l’envie me prend, j’erre dans les rues tokyoïtes. Un danseur de rue enflamme le sol d’Ikebukuro ouest, sous quelques regards admiratifs. Certains sourient. D’autres jouent sur leurs téléphones. Ah, le téléphone, on en reparle ? C’est l’ami des transports. Toujours, le regard penché sur l’écran lumineux, le cou plié en deux et en mille, les doigts qui s’agitent avec frénésie. Je m’arrête parfois pour regarder le spectacle. Geste ô combien brave, dans un Japon où l’on ne se regarde que trop rarement, à mon goût. Je dis ça, alors que je cultive moi-même l’art du regard fuyant u_u.

Les étudiants, les écoliers, les salariés, les femmes, les hommes, les jeunes, les vieux, les vieilles, ils sont tous unis dans cette passion du smartphone. Les rames sont très silencieuses (ça, c’est bien !). Les visages, tous penchés sur l’objet lumineux. Pas un sourire, pas un regard, rien. Ce sont les nouvelles relations humaines.

Je monterai pas dans celui-ci non plus.

Je monterai pas dans celui-ci non plus.

L’autre jour, en allant en cours, je m’arrête avec d’autres, devant le passage piéton. Bon citoyens, nous attendons le feu vert pour traverser. Les feux japonais sont très, très longs. Soyez avertis u_u. Alors que nous patientons, une voiture de sport rouge sang débarque. Elle fait un bruit terrible ! Ça pétarade, ça rugit. Le conducteur porte de grosses lunettes de soleil. Il a l’air crâne et joue les fiers dans son bolide. Avançant très lentement, il fait vrombir le moteur. Il nous nargue ! Le voilà qui accélère brutalement et s’échappe. Tous les Japonais se sont retournés pour survire la course de ce conducteur bruyant. Ils n’en revenaient pas, et je lisais la stupéfaction sur leur visage. Las, chacun garde son étonnement pour soi. Pas un regard échangé avec le voisin. Juste un haussement de sourcils personnel, un soupir solitaire, et voilà le feu qui passe au vert, et le pied qui foule le passage piéton.

Mieux vaut s'asseoir.

Mieux vaut s’asseoir.

En France, instinctivement, nous aurions parlé, commenté : qu’est-ce donc que ce personnage qui frime dans sa voiturette trop basse ? Le spectacle était si incroyable que je m’attendais à partager ça avec mes confrères et consœurs piéton-ne-s ; je roulais mes yeux gourmands, cherchant un contact oculaire, ce n’est pas grand-chose, enfin ! Mais rien. Rien ! Le silence japonais. A ce moment, j’ai pensé : si j’étais en France ! En France, on parle avec les inconnus, et c’est bien.

Je sais pas comment me servir ! #lose

Je sais pas comment m’en servir ! #lose

En descendant les escaliers, à la gare d’Ikebukuro.

Un Japonais me frôle. Un frôlement délicat, surtout pour moi, qui, se jour-là, avec mon bonnet écrasé sur ma tête et mon long manteau noir, suis certaine d’incarner le mâle parfait. Ce jeune Japonais a compris la supercherie, en frôlant cette poitrine qui n’avait rien de viril, oui, je l’admets, c’est 柔らかい (yawarakai = mou) ! Il se tourne vers moi. Je me tourne vers lui. Sans échange de regard. On a déjà bien échangé corporellement. Il incline légèrement la tête : pardon. J’incline la tête à mon tour : je te pardonne. La classe japonaise, même dans les excuses.

 

Je te remercie oui, je te tutoie, car on se connaît mieux, maintenant (oui, oui). Merci d’avoir pris la peine de me lire. Pour la nolife que je suis, c’est whaaaou ! Si tu veux être encore plus badass, tu peux même lâcher un com’ ! Même pour dire « tu pues Mikki », c’est OK baby. Déjà, tu sais pas si je pue. Faut venir enquêter, eh ouais.

metro_9

L’instant lose que je vais écrire car je n’ai honte de rien :

Là maintenant, à 22H33. J’ai dû m’y reprendre à 4 fois pour écrire « excuses ». Je n’arrêtais pas d’écrire « eskuse » « esscuse » « ecsusse ». Lorsqu’enfin, je trouve la bonne écriture (non, correcteur, je ne t’utilise pas !), je m’étonne : pourquoi un « x » ?

 

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