Le jardin impérial de Meiji-jingu ~ 明治神宮御苑

Je voulais vous parler de ma visite à Akiba. Je voulais vous dire que je suis parvenue à lire un manga en japonais. Je voulais vous écrire la toute première recette de Mikki régale. Depuis le temps que j’en parle ! Les articles sont là, et attendent patiemment leur sortie.

Mais hier, j’ai été au jardin impérial de Meiji-jingu. Retour sur un dimanche ensoleillé, quelque part, au milieu des feuilles rougeoyantes d’automne.

Mikki Forever Nolife raconte en mode Madame. A lire tranquillement installé-e, option boisson chaude, biscuits, couette, et des doudous, des trucs douillets, réchauffons nos petits cœurs ~

Le réveil est difficile

Moi qui, en France, avais l’habitude de me lever dès 6h, au Japon, je repousse scandaleusement l’horaire. Certains jours, midi me surprend, je paresse sous la couette.

Mais, ce matin, j’ai décidé d’aller au jardin impérial de Meiji-jingu (明治神宮御苑 ~ Meiji-jingu gyouen), souvent confondu avec le parc attenant, Yoyogi (代々木). Je fais moi-même la confusion, et m’apprête avec joie et professionnalisme.

En ce moment, c’est le  kôyô (紅葉), ce bref instant où les feuilles des arbres rougeoient. L’on peut notamment admirer les momiji (もみじ) , les feuilles d’érable japonais, avec leurs belles teintes rouges, ici, incandescentes, là, plus discrètes.

Le temps s’annonce clair et doux, parfait pour une promenade. Je crains cependant la foule, et souhaite me hâter pour arriver tôt dans les jardins impériaux.

Encore faut-il se lever

6H. Le réveil sonne. De la harpe. J’ai opté pour cette musique, en hommage à Saint Seya Poseidon. Je suis fan jusque dans le choix de l’alarme. Las, ça ne suffit pas à me sortir de mon lit !

6H30. Je me lève enfin, me jette sous l’eau, et la brosse à dents avec, le dentifrice, tout ça dans la bouche, je m’étrangle, le temps presse, je me change rapidement, ramasse les habits de la veille, m’inonde encore d’eau. Depuis que je suis au Japon, j’avale un grand verre d’eau chaque matin. C’est dégueulasse. Je fourre quelques beignets dans la cavité qui me sert de bouche. Préparation maison. J’en suis très fière.

7H. Je me maquille. Pour on ne sait quelle raison saugrenue, je poudre mon visage, cercle mes grands yeux d’un trait noir, et le mascara, et le mascara pour sourcils. Moi qui, d’ordinaire, ne me maquille jamais, aujourd’hui, alors que je suis EN RETARD, je teste sur ma face bizarre les produits cosmétiques.

Comme ce jour où, ne sachant quelle fripe enfiler pour aller au travail, je décidai d’y aller en robe courte, long gilet, sautoir, et les boucles d’oreilles, et les collants. Interloqués par mon travestissement, mes collègues m’interrogent. Ma réponse les sidère. Je fais l’inverse de ce que les gens font en général.

Je sors

Le vent frais fouette mon visage. Je pleure d’un œil, renifle. Je renifle beaucoup, depuis que je suis au Japon. Je m’adapte vite aux pratiques locales. Mais là, ça ne va pas. J’avais oublié que le vent me fait sortir mon liquide. Les yeux, le nez, tout ça tremblote et dégouline. J’aurai l’air d’un panda, avec mon maquillage coulé-séché. Je n’ai pas même pris de quoi me ravaler la face. Je comprends, maintenant, cette phrase dite par ces femmes : « Je vais me repoudrer le nez ». Meiji-jingu : pardon ! J’aurais mieux fait de venir empaquetée dans mes vieux habits asexués.

Dans la Yamanote

Il est encore tôt. A peine 7h40. Je trouve facilement une place assise. J’ouvre un livre sur le storyboard offert par un frère Forever. Un Japonais, costume cravate, la cinquantaine, s’assied à côté de moi, croise les bras, et s’endort subitement. 早い!(hayai / rapide !). Un autre, face à moi, allonge ses longues jambes en baillant d’épuisement. Il sort lentement une tablette tactile de son sac, et plonge ses yeux dans l’écran, peut-être, pour se réveiller.

Nous arrivons à la station Mejiro (目白). Je lève la tête, imaginant voir quelque chose de neuf, je ne sais pas moi, un paysage. C’est la première fois que j’arrive à cette station. Je ne découvre que des enseignes et des immeubles. Que croyais-je !

Arrêt à Takadanobaba(高田馬場). Mes yeux s’écarquillent de nouveau, et les oreilles avec, tout s’agrandit et se dresse : Takadanobaba ! Combien de fois n’ai-je entendu ce nom ! Etudiante, je découvrais le Japon à travers les blogs et autres sites Internet. Je parcourais les récits des autres, j’allais m’oublier là-bas, espérant, peut-être, quelque part, dans un coin de tête, partir au Japon.

Je me souviens, lors d’un stage, j’achevais rapidement mon travail pour traîner sur Internet. Je passais des heures à admirer les jolies photos et à lire les aventures des bloggeuses et bloggeurs. J’avais la chance d’avoir un bureau pour moi seule. Personne ne venait me déranger. Quand je vous dis que je suis rebelle. C’est la décadence de la jeunesse.

Arrivée à la station Harajuku

C’est la plus proche de Meiji-jingu. Ne vous arrêtez pas à la station Yoyogi. C’est à Harajuku (原宿)qu’il faut aller. Oui, là où les jeunes arborent leurs tenues les plus décalées. Alors que je sors de la station, j’aperçois justement, sur la grand place menant aux jardins, deux jeunes filles qui s’amusent à se photographier. L’une a les cheveux courts, raides, et roses. L’autre les porte plus longs, plus bleus, aussi. Leurs vêtements sont un merveilleux assemblage de textures et motifs bigarrés. Harajuku, vous dis-je !

Un dimanche, aux jardins

Certains endroits vous communiquent ça. La douceur. Le calme. La sérénité. Et puis, il n’y a presque personne. Quelques Japonais effectuant leur marche rapide, de petites poignées de touristes. J’échange un regard complique avec une jeune femme. C’est mon instant drague.

L’air est doux. Le vent souffle moins fort que tout à l’heure. Les arbres, hauts et majestueux, nous entourent, nous protègent. J’aime me perdre ainsi, oublier le temps, les gens, l’espace, tout. Il n’y a que moi et les grands arbres, et je m’en vais là-bas, loin, quelque part. Les promenades solitaires permettent ce genre de prouesses. J’aperçois bientôt le sanctuaire. Le grand Meiji-jingu (明治神宮). Il est déjà fort occupé à recevoir les fidèles et les visiteurs, les croyants et les curieux. Je le vois de loin. Je ne peux approcher. Je repars me perdre dans les jardins.  Je suis invincible, reine des éléments, impératrice de la forêt légendaire !

Le soleil nous réchauffe doucement. Des badauds s’allongent dans l’herbe jaunie, méditent, jouent au ballon… Je m’assieds sur un banc, ouvre le carnet offert par frère et sœur Forever. Il m’accompagne depuis mon premier jour au Japon. Vous aussi, où que vous alliez, ayez un carnet. Ecrire, c’est physique. Prenez le stylo, écrivez, écrivez, tout, n’importe quoi, c’est déjà quelque chose.

J’écris

Un vieux Japonais se pose non loin de moi. Il parle au téléphone avec son épouse. Je capte quelques bouts de conversation. Elle demande où il se trouve, quand il reviendra, ce qu’il veut manger. Il répond en riant : « 弁当 ! » (bentô !)  La femme acquiesce, achève la conversation d’un doux : « 気をつけて » (ki wo tsukete / fais attention à toi). « はい、はい », répond l’homme, mi-amusé, mi-résigné, comme s’il voulait poursuivre d’un bon « je sais, je ne suis plus un enfant ! ». Il coupe la communication, range le téléphone dans la poche de sa veste, appuie les poings sur ses genoux, et repart.

Déjà, en France, j’avais cette déviance. Intercepter les conversations d’autrui. M’introduire clandestinement dans leur vie. Je suis comme ça, j’ai ce genre de travers. Au Japon, cette déviance est devenue quasi criminelle. Dans la rue, les transports, là, ici, au parc, je tends mes minuscules oreilles, le cou s’en va les rejoindre, les gros yeux s’invitent, je pille chaque mot, chaque expression. Je me dédouane en clamant : c’est pour travailler mon japonais !

Je suis fière de pouvoir saisir le thème d’une conversation. J’acquiesce parfois intérieurement, ponctue mon voyeurisme de そうなんだ?(sou nan da ? / ah bon ?) et autres なるほど (naruhodo / je vois…). Il faut de l’audace pour apprendre le japonais.

 

10h

La masse humaine commence à se rassembler. Les couples, les familles, les amis. Je suis toujours sur mon petit banc, à souiller le beau carnet avec ma sale écriture. En face de moi, un autre vieux Japonais prend une pause, sort son téléphone portable. Il grommelle. A sa manière de déplacer ses doigts, je devine qu’il s’enflamme sur un jeu. Il perd. Je vous comprends, Monsieur. Je n’ai jamais fini Tubular dans Super Mario. J’en ressens, aujourd’hui encore, une profonde amertume.

Le soleil commence sérieusement à chauffer, et mon long manteau noir ne sert plus qu’à me faire transpirer. Je reste encore un peu sur mon banc. Une jeune kendoka s’entraîne dans l’herbe. Elle simule chaque geste avec force et précision. Elle en impose, dans sa jolie tenue. Quelle prestance !

Je me lève enfin. Mon dos est brulant

De nouveau, jetée sur le sentier humide, au milieu des arbres géants. Le soleil perce à travers leurs longues branches. L’air se gorge d’humidité. Mon dos respire.

C’est bruyant, la nature. Des cris d’oiseaux, des piaillements, des bruissements de feuilles. Et ces espèces de noix tombant des arbres. J’attrape mon cahier et écris en longeant le chemin. Entreprise périlleuse : la portion sur laquelle je marche est aussi autorisée aux voitures. Elles viennent massacrer mes rêveries solitaires et perturbent le joyeux brouhaha du parc. Je m’écarte pour en éviter une. Mon pied s’enfonce dans la terre boueuse. Je le ressors en soupirant d’écœurement. Mon esprit citadin a refait surface !

Je passe devant un dojo. Le son du tambour fait trembler les feuilles des arbres. Des élèves sortent, élégant-e-s et fier-ès. De jolies filles en kimono chatoyant trottinent sur le sentier. Les parents les suivent, appareil photo en main.

C’est la terre parfaite pour les contes, les légendes, les mystères ! Je construis des historiettes, un sourire idiot plaqué sur le visage, interromps vite mon délire. Ça pue ! Une forte odeur de crotte vient de s’élever. Nature, oui, nature… ! Les oiseaux croissent comme pour se moquer de moi. Je reçois une goutte sur la joue et lève des yeux furieux. J’espère que ce n’est pas le pipi de quelque volatile jaloux de mon fond de teint !

J’ai faim. Il est plus de midi. Rentrons !

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