Ikebukuro, la nuit

Après l’école.

Tout à l’heure, avec ma camarade de classe, nous avons fait un détour dans les rues d’Iidabashi, intriguées par une banderole rouge indiquant la tenue d’un matsuri (=fête, en japonais n_n). Est-ce ce soir ? Allons-y ! Nous remontons le long de la rue. On dirait une montagne ! C’est haut, haut, nous grimpons, escaladons, ça nous fera de bonnes cuisses, cette histoire ! Les rues sont, comme toujours, sur-éclairées : les enseignes lumineuses s’emboitent et s’étirent et s’imbriquent. A Tôkyô, quand on marche, on regarde en l’air. Des étages entiers proposent des tonkatsu, et après, un karaoke, et après, un massage, du thé, caresser des chats, tout ça dans le même immeuble. En hauteur, je vous dis, en hauteur !

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Non loin de la gare Ikebukuro (ouest)

La semaine dernière, j’ai appris que la gare d’Ikebukuro ne se trouvait pas très loin de chez moi. Une petite marche de vingt à vingt-cinq minutes. Allez, trente, en mode « je suis fatiguée ». Ça va, ça passe. J’ai enduré plus terrible, en termes de marche. Et puis, ça fait une séance de sport. Pour les beaux yeux de mangerbouger.fr. Et donc, je fais une partie du trajet à pied ; ça me permet également de passer moins de temps dans les transports. Je suis pas très « transports ». Je suis pas très « y’a du monde autour de moi » C’est mon côté asociale. En France déjà, je faisais tout pour éviter les transports (surtout le métro !) ; si je pouvais squatter le bus, le bon vieux bus banlieusard, le bus de cinq lieues comme de dix, c’était perfecto ! Au Japon, je dois prendre le métro tous les jours. A pied, j’en aurai pour plus d’une heure. Faut pas non plus déconner.

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La semaine dernière donc, en rentrant de l’école, je me suis dit : allons repérer comment aller à la gare d’Ikebukuro en marchant ! Il me prend des envies comme ça. Je n’ai rien à faire, en même temps. Ah, si, mes devoirs. Ça attendra. J’ai des ambitions de découvreuses, je me sens l’âme d’une pionnière et enfourche mes baskets, je joue les fières, les rues m’appartiennent, il fait nuit à dix-sept heures et je siffle fort, roule les épaules, me voici, moi, Mikki !

La gare d’Ikebukuro est un point stratégique. Tu le sens, tout t’attire là-bas, tout t’indique que tu marches dans la bonne direction.

Regarde, tout de même, les panneaux de circulation. Ah ! Mes chers panneaux ! Google map me snobe, je me repère avec mes yeux myopes et mon courage digne de Ken le survivant. Je regarde les panneaux de circulation pour les voitures : ce sont les seuls que je vois, depuis que je suis à Tôkyô. Quelques panneaux plantés ici et là, accrochés en hauteur, vert sur blanc, quelques maigres indications, la gare d’Ikebukuro est par là, believe.

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J’ai tenté de me repérer sur un plan. Mauvaise idée.

J’ai cru que la rue sur laquelle je projetais mes pieds puissants allait m’aiguiller. En effet, au début de mon périple, je marchais sur la « Yamate-doori 317 ». J’active mon neuvième neurone : si je continue à marcher, le nombre va, soit, diminuer, soit, augmenter. Pauvre Mikki ! La Yamate-doori s’étale en large et en long, traverse les carrefours, partout, le 317 s’affiche et s’expose, il te nargue, bien fait pour toi, ennemie de Google map !

Je continue, tout de même. Ken a-t-il abandonné en chemin ? Ma Julia, c’est la gare d’Ikebukuro. Marchons, marchons !

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J’ai bien fait. Le 7 eleven m’éclaire, et bientôt, un 100 yens shop, et un autre, un fleuriste, le pourcentage de boutiques augmente, et avec lui, l’éclairage, et les gens ! Ils commencent à s’empaqueter, tous unis dans ce désir de marcher le soir, fouler le sol d’Ikebukuro, le parterre ikebukuroïte, et moi, je suis là-dedans, avec eux, devant, porte flambeau, torche humaine, je suis sur la bonne voie !

J’ai repéré ma station de métro : ma chère ligne Yûrakuchô. Ça y est ! Dekita !! Je l’ai fait !! Je hurle ma joie au fond de mon petit cœur, car il n’est pas bon d’exposer ainsi ses sentiments à la face du monde. Et puis, il est tard. Le temps devient frais. Je vais avoir mal à la gorge et, demain, je ne pourrai lire correctement mes kanji.

Tout de même, j’immortalise l’instant. Je sors mon appareil photo digne des plus grand-e-s professionnel-lles. Au début, un frisson parcourt mon corps de championne. Quand on est seule, on a parfois quelque gêne à photographier le paysage. Et quel paysage ! Des feux tricolores, des enseignes sur-vitaminées, des échoppes de bouffe, le quotidien, quoi !

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Le quotidien pour les Japonais, sans doute. Pour moi, c’est 素晴らしい (subarashii = merveilleux). Je photographie, je m’en fous ! Me voici qui me poste près d’un feu. Avec le style, tout de même, je suis Mikki, quoi. Je me la joue grande photographe et déplie mes bras musclés, posture légèrement cambrée, je capte la meilleure lumière, me prends vraiment pour une professionnelle !

Passé les premières appréhensions, plus rien ne m’arrête. Je deviens une mitrailleuse de la photo, je flingue tout sur mon passage, les pubs, les enseignes, ça sort flou, je m’en fous, et les autres qui me regardent, je suis une gaijin, je photographie, profitons-en ahahah ! C’est une fièvre qui parcourt mon corps puissant, et je me sens une âme de super-héroïne. Je mitraille, mitraille, on a jamais vu ça !

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Après avoir dérangé tous les passants avec mes photographies nocturnes, je retourne chez moi, satisfaite. Ah, quelle sortie était-ce, Ikebukuro ! Il me faudra recommencer.

Le truc qui m’attriste beaucoup

Depuis que je me rends à pied à la station Yûrakuchô, je ne peux plus voir mon petit Miura Haruma. Ça me fend le cœur !

ça malaxe sévère !

ça malaxe sévère !

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2 réflexions sur “Ikebukuro, la nuit

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