Sans aller à l’école, je suis devenu mangaka

C’est terrible, la primaire. Rien à voir avec la maternelle avec ses gentilles dames.

A l’école primaire, déjà, on est nombreux mais on se sent seul. Et la prof fait peur !

Ces torpeurs d’enfants sont difficilement compréhensibles, dans un monde où l’extraversion est une norme. On doit comprendre, et vite. On doit agir, être dynamique, expressif, avec le sourire, s’il te plaît.

Gakkou e ikenai boku to 9nin no sensei © Syoichi Tanazono / 2014 / Futabasha publishers ltd.

Gakkou e ikenai boku to 9nin no sensei © Syoichi Tanazono / 2014 / Futabasha publishers ltd.

Récit semi-autobiographique touchant et digne, Sans aller à l’école, je suis devenu mangaka expose le combat de Masatomo, jeune élève de CP. Il ne comprend pas les instructions de l’enseignante. Les autres enfants ont-ils compris ? Peut-il aller demander à la prof ? Elle fait un peu peur, mais bon. On y va ! L’enfant avance, pose son problème. L’enseignante le gifle. C’est le début du cauchemar.

Je m’interrogeai de longues minutes, devant cette scène de violence. Comment peut-on se comporter ainsi ? Les maigres excuses de la prof ne changeront rien. Masa reste traumatisé.

Un midi, à la cantine, on nous a servi du yaourt en dessert. Je dis à l’enseignant que les yaourts me font vomir. Je peux le remettre, non ? Non. Je le préviens : je vais vomir ! Il m’engueule : mange ! Je mange et vomis. Il crie et me punit T_T. Dehors, au fond de la cours. J’en ai parlé il y a quelques mois à Madame ma mère Forever, qui s’est insurgée : pourquoi ne l’avoir jamais dit, enfin ! C’est vrai, ça.

Masa parle à ses parents. Il souffre de maux de tête et fait de terribles cauchemars. Il ne peut plus aller à l’école. Le choix du verbe est important : l’enfant veut aller à l’école, jouer avec les autres, il fait des efforts pour y parvenir. Mais il ne peut pas. Il culpabilise, se sent différent et anormal (l’auteur reviendra souvent sur la « nécessaire normalité »), fait des efforts, n’y arrive pas, déprime etc. C’est un cercle vicieux.

Je peux comprendre la circonspection des parents devant un enfant qui, brusquement, se renferme, pleure et crie. J’imagine aussi certains adultes minimiser la portée de la gifle. « La vie, c’est comme ça » « Forge-toi un caractère, au lieu de ruminer sous ta couette » « Certains enfants vivent des choses encore plus difficiles que toi » etc.

Fort heureusement, les parents du jeune Masa ne tiennent pas ce genre de propos. Je les sens, cependant, complètement dépassés et désarmés. Quand ils avouent leur impuissance, Masa replonge dans la culpabilité : pourquoi lui ? Pourquoi fait-il subir ça à ses parents ? Normal, il veut devenir normal !

Qu’est-ce que la normalité ? Etre comme les autres ? C’est qui LESAUTRES ? Le modèle dominant, qui ne souffre d’aucun problème d’intégration, qui aime ce que LESAUTRES aime, fait ce que LESAUTRES font, joue avec LESAUTRES, est populaire comme LESAUTRES, a un avenir comme LESAUTRES.

Masa, lui, est « autre ».

Une question me vient en tête : les parents ont-ils demandé à Masa s’il voulait intégrer un club de dessin (plutôt qu’une prof à domicile) ? Intégrer d’autres cercles de socialisation peut permettre à l’enfant de reprendre confiance. Ça ne va pas à l’école, mais ça va mieux au club de sport, d’art etc. Là où l’enfant peut recréer un cercle d’amis. Bien sûr, ce n’est pas une recette miracle. C’est compliqué.

Surtout quand les adultes (je parle surtout des pédagogues) ne sont pas à l’écoute.

Dans le manga, l’attitude de certains adultes est glaçante. Froide et lapidaire, une prof siffle à Masa, qui, dans un ultime effort, est revenu à l’école : « Tu comprends maintenant ? Voilà ce que ça donne quand on ne vient pas à l’école. » L’enseignant reste dans sa posture d’enseignant et ne va pas vers l’enfant. C’est pourtant à lui d’apprendre, de comprendre, de rassurer. C’est lui, l’encadrant.

Mais Masatomo se relève. Grâce à sa passion pour Dragon Ball, il renaît.

 

Sans aller à l’école, je suis devenu mangaka est une belle histoire. J’aime ces titres pleins de noblesse et de pudeur. C’est aussi ça, le manga. Des récits forts, des histoires qui invitent à la réflexion, à la discussion.


Titre japonais : 学校へ行けない僕と9人の先生 [Gakkou e Ikenai Boku to 9-nin no Sensei]

Titre français : Sans aller à l’école, je suis devenu mangaka

Auteur : Syoichi Tanazono

Genre : école, tranche de vie, critique sociale

Editeur japonais : Futabasha, 2014 | Editeur français : Akata, 2016

A lire dès 12 ans


POUR ALLER PLUS LOIN

La cause des enfants, Françoise DOLTO. Ed. Pocket, 1995

La force des discrets, Susan CAIN. Ed. Lgf, 2014

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