The Revenant

Je vais rarement au cinéma. Même lorsqu’un film m’intéresse. C’est mon côté flemmard (il n’y a pas qu’un côté, je le concède u_u).

Repoussant la mollesse, je me pare de mon incroyable courage. Nous sommes samedi. Je suis au cinéma ! La salle est blindée. Quelle horreur ! Egoïste jusqu’au fond de l’os, j’oublie les box-offices et autres stats de vente. Une salle à moitié vide, c’est bien pour ma tranquillité. Autant rester chez soi, vile Mikki ! Assassin du peuple ! Meurtrière du bien culturel !

Le film est en VOSTFR. Je suis habituée à les regarder ainsi (dit la fille qui ne regarde presque pas de films). C’est pour entendre correctement. Je n’oublie pas mon sulfureux passé. A cet instant, j’ignore que je vais complètement l’oublier, lui. C’est un très beau compliment.

Je suis venue tellement à la ramasse qu’il n’y a plus de sièges au fond de la salle. Me voici obligée de m’installer au deuxième rang. Tout devant, quoi. Sérieux ! Genre je vais luxer mon précieux cou et brûler mes incroyables rétines pendant plus de deux heures. Je crains que le film ne soit trop long. Et puis, le son sera une torture. Je fais attention aux décibels ! Je regarde les enquêtes de santé, moi. Si c’est trop fort, je leur fous un procès (à qui ?).

A côté de moi, une fille malaxe avidement le bras de son mec. Détends-toi meuf, le film n’a même pas encore commencé. Elle est sérieuse, elle u_u. Me saoule. T’es pas là pour faire du peau à peau !

Je craque un M&N’s sous ma canine de grizzly. C’est la première fois que je bouffe dans un cinéma. Je suis venue avec ma célèbre garde rapprochée, les bandes annonces défilent encore, nous cassons les M&N’s bruyamment, c’est la guerre, dans notre bouche é_ è. C’est que, quand le film aura commencé, je ne mangerai plus. J’ai du respect pour le film. The Revenant. Je sens qu’il va me tourmenter.

Ça commence !

©20th Century Fox

©20th Century Fox

 

LE SANG DES HOMMES

Le sang des hommes. Le froid. Le silence. La lutte pour sa survie. Et les hommes et les bêtes, écrasés au sol, la boue, la neige, le froid. Hugh Glass et les autres trappeurs préparent leur retour chez eux, soulagés et heureux. Ils pourront vivre, peut-être mieux, avec les peaux qu’ils ont chassées. Ça fera de la belle fourrure. Ça frappe d’un coup. Les trappeurs tombent. Des flèches dans les corps, ils s’effondrent dans la boue, hasardent une riposte. Ce sont les Indiens qui attaquent. Leurs chevaux passent et saccagent, une poignée de survivants parvient à s’enfuir.

Un autre mort arrive, déjà. C’est Glass, parti chercher à manger. Horriblement mutilé par un ours, l’homme erre aux portes de la mort. Il devient vite encombrant. Les ennemis sont encore là, tout autour, prêts à attaquer. Les autres s’époumonent autour du corps du mourant, les autres préparent le cercueil, les autres l’abandonnent.

Mais Glass n’est pas mort. Il revient, avec le sang des hommes, dans le froid, le silence. Il va lutter pour sa survie.

Se venger.

©20th Century Fox

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LES SENS DE LA VIE

« C’est un film sensoriel », m’avait prévenu mon cher libraire. Comme il avait raison !

Dès les premières minutes, je suis emportée dans ce monde cruel et froid. Le son transperce l’écran, il n’y a plus de salle, rien, seul le sang des hommes mêlé à la boue, leurs pieds enfoncés dans les eaux marécageuses, tentant vainement de fuir la mort. Leurs respirations douloureuses, et les cris, les grognements, les sifflements.

Glass se transforme. Seul, avec son corps en lambeaux, il rampe, clopine, tombe encore. L’on ne sait quelle force l’anime. L’on voudrait même lui crier : « meurs ! » « meurs enfin ! » Pourquoi ne va-t-il pas retrouver les siens, là-bas ? Non, non, il continue. Il a perdu quelqu’un. Là, dans sa chair.

Le réalisateur, Alejandro González Iñárritu, nous jette dans un enfer silencieux. Saisissant, son film – inspiré d’une histoire vraie – est comme une déchirure. L’homme est seul, misérable, dans cette nature puissante, délicate, terrifiante. Leonardo DiCaprio incarne un Hugh Glass tourmenté, humain, bestial, il faut le voir, vraiment, les mots s’échappent dans ma cervelle, je ne m’exprime pas assez bien. Tous les acteurs interprètent merveilleusement leurs rôles.

Et la nature, encore ! C’est un personnage à part entière. Les images sont sublimes, sans pour autant apparaître stylisées. C’est la nature sans habillage, elle n’en a pas besoin, elle révèle sa rudesse, inspire, tantôt effroi, tantôt émerveillement. L’homme n’est rien.

©20th Century Fox

©20th Century Fox

Je craignais que le film ne soit trop long. Est-ce une mode, ces dernières années, de proposer des films de 2H ou plus ? (je vous pose la question, à vous, qui avez peut-être une plus grande culture cinématographique que moi) (il est vraiment aisé de me battre sur ce terrain u_u).

C’est peut-être la première fois que je ne trouve pas un film long trop long. La phrase est maladroite. Je n’ai pas senti de longueurs, dans The Revenant. J’étais là-bas, voilà tout. La nuit, j’entendais encore le bruit des pierres qui dévalent, et les chutes d’eau, et les respirations des hommes, les râles de désespoir, la chair qui grogne, l’agonie du supplicié. Je ferme les yeux : je suis dans la neige. Et les cris des bêtes, et les hommes. Quand je vous dis que j’ai un problème.

Mon libraire me disait encore : « le genre ne plaira pas à tout le monde. » C’est vrai. C’est normal n_n. Certains ont trouvé le film trop long, d’autres, non fidèle à l’œuvre d’origine – le roman de Michael Punke. D’autres encore ont regretté la violence brutale, les grognements et grimaces des hommes : il n’y a pas de scénario, que des cris d’animaux. Et l’ennui ! Pour certains, le film tant attendu laisse un arrière goût de prémâché. La vengeance, c’est du déjà vu.

C’est vrai. Cependant, je pense que les thèmes des œuvres artistiques ne sont que des variations. Nos créations sont avant tout des variations sur : la vengeance, l’amour, la haine, la compassion… Nous y mettons un peu de nos expériences, des choses lues, entendues, vues, une pointe de fantasmes, l’on saupoudre avec nos émotions, l’on rajoute des sensations ici, un peu de brutalité là, l’on pense aux ventes, au prestige, peut-être.

Les mots, eux, sont là, depuis le commencement. Ils ont leur propre vie. Elle implose et explose, dans The Revenant. Les mots ont un sens. Il déforme les visages des humains. Les voilà qui éructent, crachent, grognent, suffoquent. J’ai été frappée par leurs expressions. Leurs visages, leurs visages déformés. Ils souffrent trop.

The Revenant me laisse un souvenir douloureux. Les belles œuvres procurent aussi ce genre de sensations.

 

©20th Century Fox

©20th Century Fox


The Revenant | sorti le 24 février 2016 en France

Réalisateur : Alejandro González Iñárritu

Scénario : Alejandro González Iñárritu, Mark L. Smith, d’après le roman de Michael Punke.

Acteurs : Leonardo DiCaprio (Hugh Glass), Tom Hardy (John Fitzgerald), Will Poulter (Jim Bridger), Domhnall Gleeson (Andrew Henry), Forrest Goodluck (Hawk)…

Directeur de la photographie : Emmanuel Lubezki

Composition : Ryuchi Sakamoto, Carsten Nicolai ou Alva Noto (voui c’est la même personne^^)

Doublage français :

Damien Witecka (Hugh Glass)

Jérémie Covillault (John Fitzgerald)

Alexis Ballestros (Jim Bridger)

Distributeur : 20th century Fox ©20th Century Fox

Le film est interdit aux moins de 12 ans en France. Moi, je l’interdirais plutôt aux moins de 14 (ça n’existe pas). J’ai lu plusieurs articles affirmant que le film serait interdit aux moins de 17 ans aux USA.

En fait, tout dépend de la maturité de l’enfant. Vous, parents qui me lisez, vous autres, parents ou non, qui comptez y amener un mineur, faites un check avant, de grâce. N’envoyez pas une âme peu encline aux caresses d’ours (n’est-ce pas ?) transpirer d’effroi devant les tortures subies par Glass.

D’ailleurs, je vous adresse le même conseil à vous, adultes. N’hésitez pas à fermer les yeux, un peu seulement, si certaines scènes vous font peur. Faites-le à l’élégante, l’on ne vous en voudra pas, je vous l’assure.

 

Les infos qui font du bien surtout aux gens concernés

Yatta ! DiCaprio l’a-t-il crié, ahah ? Enfin l’Oscar ! Ça sert de grommeler, la tête dans la neige.

Iñárritu a également reçu l’Oscar du meilleur réalisateur.

 

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2 réflexions sur “The Revenant

  1. Je n’ai lu pour le moment qu’en diagonale ton article car je ne l’ai pas encore vu, mais j’ai vu ton ressenti plutôt positif sur la fin. C’est tant mieux. En bon fan d’Innaritu je pense que je vais être séduit et puis c’est surtout Tom Hardy que je veux voir (fanboy)

    Aimé par 1 personne

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