Pourquoi quand tu es au chômage tu travailles quand même

C’était une promesse de campagne.

Ce n’est pas dur, de tenir ce genre d’engagement.

Ce n’est qu’un article de la Fujoshi. Je n’engage rien ni personne, juste mes bouts de doigts.

Quand cesserai-je de me dénigrer ?

 

Camarades en recherche d’emploi – la formule est élégante, n’est-ce pas ? Mais tu le sais, toi, que cela revient au même. Pourquoi ces articles terribles, qui te rendent comme une serpillère, comme un fainéant devant sa télévision, dans son survêtement sale et mité, le ventre sort, on dirait une colline, les abdominaux ont fui dans la télécommande ! C’est vilain, cette image. Les plus aisés peuvent aussi l’avoir, ce ventre. N’était-ce pas un signe d’aisance, par le passé ?

Les jours heureux ne sont pas terminés

Les jours heureux ne sont pas terminés

Et si tu pouvais, encore ! Te reposer quelques minutes. Mais tes nuits ne sont qu’angoisse. Qui le sait ? Tu t’allonges avec 17 de tension. Ton cœur te harcèle tout le jour et la nuit. Voici le soleil. La tension est à 15. C’est toujours trop ! Tu t’en vas chercher du travail, chercher sans manger, chercher avec toute la force de ton désespoir.

Allons, camarade ! Les jours heureux ne sont pas terminés !

 

Quand je vois ces reportages, ces aberrations qui sortent de la bouche de certains, je souhaite qu’ils la connaissent un instant, cette angoisse du lendemain, cet enfer de la routine vide. Oh, il y a de tout dans le monde, nous le savons fort bien, tous les deux. Mais il y a ces images dégueulasses, ces clichés sur l’assistance, ces chômeurs qui trouent leurs fesses sur le canapé, avec le bout de ventre dehors, les poils sortent partout, on dirait qu’ils sont figés là depuis le commencement.

Non, non, il y en a qui travaillent ! Ils sont si nombreux, et personne ne les écoute, personne ne les entend ! Ils se lèvent à 6h tous les jours, ils se préparent comme s’ils allaient bosser. Ils vont travailler, oui ! Ils ne sont pas payés pour ça. Pire : ils perdent de l’argent. Les enveloppes, les timbres, Internet, le téléphone, le costume-cravate, le-tailleur, cela pèse sur l’absence de budget !

 

C’est un dur labeur que de chercher du travail.

7H par jour, devant l’ordinateur ou ailleurs.

 

L’ordinateur

Tu retravailles ton CV. Pour la énième fois. C’est cet organisme d’aide, cette agence qui t’a dit Oui, il faut changer ça, inscris une fausse adresse, ne mets pas ton âge, maquille ton prénom,  – fujoshi, on dirait une crotte de chien – les stages ? Transforme-les en emplois !

Je vais mentir pour ma survie.

 

Pôle emploi ne suffit pas ! Tu les connais par cœur, Monster, Cadre emploi, Apec, Keljob, et les agences interim, tes nouvelles amies ! Tu recoupes les infos, postules avec détermination et professionnalisme. Tu es méticuleux, quoi. Tu aurais dû faire des enquêtes ! Mais non, non, tu veux juste faire un travail, faire quelque chose, tes rêves, tu t’en fiches ! On ne rêve plus, en 2015. C’est une coquetterie mauvaise, un bonbon pour les intrépides.

Tu n’es plus intrépide depuis longtemps. Depuis que ton assiette est vide. Faut-il mettre une patate dans celle des autres aussi ? Il ne fallait pas faire d’enfants !

C’est cruel. Les économistes les plus libéraux ont ce genre de radicalité. Ça raisonne froidement, l’économie. Ne viens pas mettre tes sentiments là-dedans.

Les sentiments ? Tu en as encore ! Tu vas trouver, je le sais. Les jours heureux ne sont pas terminés. Tu es inscrit partout, partout. Tu sautes de réunions en rendez-vous, tu te soignes, tu te lèves une heure plus tôt pour faire du sport. Quelle fraicheur ! Tu as le tour de main, le sens du verbe, l’amour du vocabulaire. Ton CV est nickel, tout le monde le dit, tout-le-monde l’utilise dans ses réunions, tout-le-monde te montre comme l’exemple du chômeur actif. Tu voudrais que tout-le-monde te paie, ça serait bien, ça !

Ça ne se met pas dans l’assiette, les compliments !

 

Ailleurs

Ils n’arrêtent pas de parler, dans ces réunions. Cela te sert, au moins ? Oui, je l’espère ! Etre seul est décourageant, seul avec sa torpeur, seul dans sa maladie, seul pour la vie. C’est le statut social, le travail. Qui changera ça ? Cours à ta réunion. Les autres diront que tu n’as que ça à faire. Ils pensent que tu t’amuses. Tu ne les dénigres pas pourtant, quand ils se curent le nez derrière leur bureau.

Tu as trouvé un nouvel organisme. Encore un ! Tous ces gens qui te suivent, que font-ils au juste ? Ils te fixent des rendez-vous pour voir si tu te rases ? Tu deviens aigri, tes journées sont très remplies, tu travailles beaucoup, et tu te rases ! Et alors ? Eux aussi, ils galèrent. C’est le cercle vicieux de la misère sociale. Va au théâtre ! Plante-toi dans une rue très fréquentée, fais ton numéro. C’est toi, le héros de ta vie. Ils vont comprendre comme il est pénible de travailler gratuitement. On fera ça quand l’assiette sera pleine, mon ami !

 

Encore un rendez-vous. C’est un conseiller qui va t’apprendre la vie. Il a dix minutes. Nettoie tes oreilles ! Chacun de ses mots sera comme une patate chaude dans ton assiette. Tu rentres rafistoler ta vie grâce à ses conseils révolutionnaires.

  • Votre CV est très bien
  • N’hésitez pas à consulter régulièrement Pôle emploi et les sites de recherche d’emploi
  • Avez-vous mis votre CV en ligne ?
  • Il faut s’inscrire sur les réseaux sociaux pro
  • Et les agences interim, vous avez fait ?
  • C’est bien, c’est très bien !
  • Vous allez trouver, continuez sur votre dynamique
  • Mais c’est la crise, vous savez

 

Je n’ai pas employé ce mot, moi.

Tu vas trouver. Je le sais.

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