Comment perdre sa réputation au travail

Samedi 3 octobre 2015 – 7h51.

Le monde dort. Tu dors avec lui ! Ne mens pas. Je te vois.

Madame travaille, même le samedi. Madame travaille tous les jours de sa vie, pour l’amour de vous. C’est d’une beauté, cette expression ! Louis XIII l’a employée. Je ne sais plus quand. Personne ne l’a compris, personne ! Ah, si j’étais née à cette époque… Aurais-je souffert ?

Je ne souffre pas. Je suis en colère !

J’aurais dû planifier cet article pour lundi : « pourquoi, quand tu es au chômage, tu travailles quand même ». Camarades en recherche d’emploi – la formule est-elle plus élégante ? – je joins mon cœur au vôtre ! Je connais vos peines et vos angoisses ! Je voulais tant vous faire sourire, vous faire rire, peut-être.

Mais il m’est arrivé une chose. C’est terrible. C’était hier, aux environs de 18h40. L’heure, c’est important, pour la Fujoshi que je suis. C’était hier !! Les gens vont jaser lundi. Peut-être le font-ils déjà aujourd’hui. Je vais perdre tout, tout ! A cause de cette espèce de femme. Ah, non alors ! Je vais défendre mon honneur !

Attends-toi à une histoire effroyable

Attends-toi à une histoire effroyable

Vendredi 2 octobre 2015 – vers 18h40

Je n’aime pas ça « vers ». Je suis trop fatiguée pour courir après la précision. Tu t’en fiches !

 

Je prends une pause. Madame le mérite bien. Je dois aller aux toilettes ! Je descends les deux étages de mon allure dynamique et élégante, me rends dans les cabinets du rez-de-chaussée, ouvre la porte, enclenche le verrou. Me voici seule avec les toilettes de l’entreprise, les toilettes salariales. C’est sale, là-dedans ! Il y a des traces de ce quelque chose qui sort par notre derrière. Elles ne sont pas bien importantes, mais moi, je les ai vues. Que faire ? Sortir ? Ah, mais on me verra, on dira « que fait-elle, à sortir sans tirer la chasse ! » « cette petite dégueulasse défèque et s’en va en jouant les fières ! »

Je reste.

C’est affreux.

Je perds 10 minutes à recouvrir la lunette de papier toilette, je ne veux pas voir ça, je fais travailler mes ischio-jambiers. Ça sort. Une urine propre de fujoshi, au doux parfum de céréale. Je sors. Je me lave les mains avec détermination et professionnalisme. Je les sèche dans ces horreurs qui propulsent un air chaud. J’ai lu que ce n’était pas hygiénique, que ça retenait les microbes. Je vais militer pour le retour des serviettes en papier à usage unique.

Je suis sur le point de partir, quand une femme entre, passe à côté de moi, et se rend dans le dernier cabinet, celui que je viens d’occuper !! Il y en a pourtant d’autres libres, des plus proches, mais non, cette cervelle géniale trottine vers le cabinet le plus loin, on entend encore le bruit de la chasse d’eau, elle sait que cela vient d’être utilisé ! Elle aime respirer les odeurs des autres, elle court après mon parfum céréalier ?

Mes yeux s’ouvrent, on dirait des loupes. Elle va voir ça, cette idiote ! Je pars, furieuse. Elle va voir ça ! Elle va penser que j’ai fait caca, voilà ! J’ai fait caca, et j’en ai laissé pour le monde, les autres, le public. Je fais comme ces stars avec leurs mouchoirs sales. Elles savent, elles, qu’un fan imbécile ramassera leurs déjections, les humera avec toute la folie de sa passion.

Collègue de malheur ! Tu me poursuivras en diffamation ? Je t’attaquerai avec ma verve ! Quel mauvais esprit à pénétré la cavité qui te sert de cervelle, pour que tu ailles dans ces toilettes ? Tu aurais pu choisir un autre cabinet, vile créature ! Tu me veux du mal ! Tu vas courir dire à l’assemblée salariale que Madame Fujoshi laisse des traces de caca dans les toilettes, que c’est une fille sale, qu’il faut la renvoyer. Ils vont me haïr, lundi ! Je devrais partir armée. C’est interdit ! Je vais perdre mon honneur, je ne leur ferai plus de sourire, c’est leur punition. Ils me punissent bien, eux. Je ne retourne pas travailler !

 

Ai-je une réputation, au moins ?

J’ai lâché ces choses sur l’honneur et l’orgueil comme on lâche un pet.

Il y a si longtemps que je me roule dans la crotte. Je gratte un peu de poussière avec mes bouts de doigts. Je sors une pièce d’un euro. Voilà ma fortune.

Et j’aurais une réputation !

 

J’aurais peut-être dû commencer par là.

Misérable fujoshi, va donc travailler !

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