SummerJoshi ! Les Misérables tomes 1 et 2

les misérables tome 1Lorsque mon cher libraire me parla de ce manga, je me retournai, avec toute la grâce et la délicatesse d’une jeune fille de bonne famille. Mes yeux s’ouvrirent bien grand, tout s’agrandit sur mon faciès, qui resta cependant fort joli. Les Misérables ! Point d’effroi ni de scandale. J’imaginai, malgré tout, les réactions d’autres. Oh, je les entends ! Ces gens vont dire que c’est un monument, Les Misérables, qu’il faut traiter avec respect cette merveille là, qu’il ne faut pas la souiller dans des cases, des bulles ! Et puis quoi encore ? Non, non, c’est de l’excentricité !

Je suis la reine des excentriques, alors ! J’achète les deux tomes parus – je vous l’ai dit, je gagne de l’argent – je vais la lire, cette variation sur la misère.

Est-ce finalement une déchirure, un cri, comme celui qui sortait des pages du roman original ? Fallait-il l’adapter, ce chef d’œuvre de Victor Hugo ?

LA VARIATION SUR

Je parle, je parle, qu’en sais-je ! Je n’ai toujours pas lu la version intégrale des Misérables. Mauvaise fille ! Je suis encore aller reluquer mes rois au formol, mes ossements de monarques, les Louis XIII et les Louis XVI… J’aime les livres d’histoire.

Je me souviens, nous devions le lire à l’école. Je l’ai lu, relu, c’est terriblement actuel, cette histoire, ces gens qui tombent, on pense qu’ils ne se relèveront jamais. On est terrifiés et en colère contre ces autres qui écrasent leur tête. On sent le danger, on voudrait leur dire, non, ne confiez pas votre fille à ces gens, non ! On reste les témoins des atrocités de ce monde, témoins sans bouche ni rien. C’est horrible, ce sentiment, ça fend le cœur !

J’ai retrouvé cette sensation, à la lecture du manga. Surtout dans le tome 2. Takahiro Arai, l’auteur, s’est merveilleusement approprié l’œuvre de Victor Hugo. C’est cela, que je recherche. Une adaptation, pour moi, c’est avant tout une réappropriation. Une variation sur. Arai a mis un peu de lui-même, ses sentiments, sa manière de voir le roman. On peut le voir, notamment, dans sa façon de traduire la rage de Jean Valjean, son désespoir. Ce sont des bêtes infâmes, des monstres, les ténèbres. Hélas, je ne suis pas fan de ce bestiaire. Je suis plutôt du genre à m’attarder sur le regard, les tremblements, la respiration, la transpiration.

Je me rends compte que je n’ai pas résumé l’histoire. Je suis comme ces snobes, ces gens qui rient en collant le revers de leur main à leur bouche : comment, vous n’avez pas lu Les Misérables !? Vous ne connaissez pas l’histoire ? Je vous le dirai, quand j’achèterai la version intégrale. (J’ai tant à lire encore ! Une vie suffira t-elle ?)

 

LA MISERE AUJOURD’HUI

Il pourrait ne pas avoir de nom. Il le perdra bientôt.

Pour l’instant, Jean Valjean survit mal, avec sa sœur et ses 7 enfants. C’est trop. Tout le monde a faim. Mais il y a un peu de joie, tout de même. Il y a même des rires. Jean élague les arbres pour nourrir sa famille. Ça doit être beau, au sommet de ces troncs gigantesques. On voit loin, de là-haut. Des robes qui font comme des corolles multicolores, des chapeaux haut-de-forme. Jean redescend. Toujours.

Les Misérables tome 2C’est l’hiver. Y a-t-il eu des hivers avant celui-là ? Certainement. Avaient-ils survécu ? Oui, oui. Mais cet hiver-là frappait comme la mort, râpait la peau, tranchait dans le peu de chair. La sœur éructe au début. Son frère ne ramène plus rien, ils vont mourir ! Elle n’a bientôt plus la force de parler. Jean regarde, cette sœur, ces bouts d’enfants… Ils vont mourir, s’il n’agit pas. Il voit un pain. Il le vole. On l’arrête. Les fers. Le bagne. La mort.

C’est long, dix-neuf ans. Jean sort du bagne. Jean, ou n°24601. Il ne sait plus. Réduit à un numéro lorsqu’il était emprisonné, il ne sait plus qui est Jean Valjean. A-t-il encore de la famille, un foyer ? Où peut-il aller ? Partout, on le vomit. On le chasse, les chiens même reçoivent meilleur traitement. Et Jean a un visage comme un monstre, avec de la haine, une laideur terrifiante. C’est cette chose fracassée qui arrivera chez un vieil évêque… C’est la nuit. Et le froid frappe comme la mort.

Le tome 1 se consacre à la déchéance de Jean. Mais à travers les yeux de cet évêque, Monseigneur Myriel, on se prend à rêver. Il y a toujours un espoir.

S’il existe, il a fui loin de Fantine. La jeune femme, labourée par la vie, sa misère, sa dureté, n’a plus rien. On suit sa déchéance dans le tome 2. C’est frappant, cette manière qu’à Arai d’aller au plus près, de toucher ces sentiments terribles : la peur, la vraie, celle qui déforme le corps. La misère, la tristesse, la haine. Fantine, cette belle jeune femme, ce monde-là est trop dur pour elle. L’auteur décrit avec justesse les tourments de cette fille simple, cette jolie amoureuse, cette mère courageuse, mais avec des rêves, encore. Et les rêves disparaissent…

Le tome 2 se conclut de manière magistrale. La suite, j’ai hâte de la lire.

 

Les autres chroniques :  tome 3 | tome 4


Titre japonais : レ・ミゼラブル (re mizeraburu) | Titre français : Les Misérables

Auteur : ARAI Takahiro

D’après l’œuvre de : Victor Hugo (1862)

Le mangaka se base sur l’adaptation japonaise de l’œuvre originale par : Toshio Toyoshima

Edition japonaise : Shôgakukan, 2013

Edition française : Kurokawa, 2015

Série en cours : 7 tomes parus au Japon, 4 en France

Genre : historique, drame, critique sociale, seinen

A lire à partir de 14 ans

 

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