Le tablier de brocart – chapitre VIII

Les bijoux dérobés ne suffisaient pas. Otsuä n’avait pas assez d’or pour rétribuer son précepteur. Maître C, toujours courtois, assura qu’il se contenterait de sa petite ferraille. Paternel, rassurant, il lui rappela que bientôt, elle serait puissante, et immortelle. Bientôt, elle ne se soucierait plus de ces cailloux-là…

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Précédemment dans Le tablier de brocart ~ chapitre VII

 

Maître C commença par ausculter sa patiente. Il s’introduisit dans son esprit pour sonder sa magie. Otsuä fut toute confuse de se sentir ainsi fouillée, et tenta de songer à des préceptes nobles. Indifférent, Maître C continuait son exploration de l’âme. Il découvrit le pouvoir de la jeune fille, crut à une farce, s’autorisa un cri, ressortit du corps de la patiente. Tourmentée, Otsuä le prévint qu’elle ne maîtrisait pas sa magie. Maître C rit. Son incompétence importait peu. Elle avait tout ce qu’il fallait pour devenir immortelle. La stupéfaction emporta la voix de la jeune fille. Maître C la rassura. L’immortalité était réservée aux sorcières, mais beaucoup n’avaient pas les ressources nécessaires à l’invocation de l’esprit des immortels, le seul à pouvoir offrir la vie éternelle. Seules les sorcières maîtrisant les quatre éléments naturels – le feu, l’eau, la terre et le vent – pouvaient rencontrer cet être supérieur. Et l’âme d’Otsuä les accueillait. La fille parvenait déjà à exprimer trois de ces sortilèges. Le vent qui permet de voler. Le feu et l’eau au bout des doigts. Elle était une immortelle en puissance.

– Ciel ! Moi qui me croyais incompétente ! … Alors, cette nuit où je me suis retrouvée volant au milieu de tous ces convives…

– C’était votre pouvoir du vent qui s’exprimait.

– Ces flammèches qui apparaissent parfois au bout de mes doigts. Oh, je me souviens de ce jour où j’ai pu réchauffer le rôti avec mes mains brûlantes…

– Vous confirmez vous-même : c’était votre feu qui parlait.

– Et cette eau qui s’échappe de mes mains ! Comment ne pas oublier ce jour de canicule, où je m’en étais allée à la campagne ! Je faillis périr sous la déshydratation, quand soudain, mes bouts de doigts se transformaient en fontaine !

– Merveilleux, votre pouvoir de l’eau vous a sauvée, ce jour-là ! Quelle chance avez-vous… que ne ferais-je pas, pour être comme vous…

 

Le maître détourna le visage, soudain abattu. Il n’était qu’une sorcière ordinaire. Il ne maîtrisait qu’un seul élément naturel et maudissait chaque jour sa génétique branlante. Otsuä fut remplie de tristesse pour ce gentilhomme qui, jamais, ne réaliserait son rêve. Maître C reçut son émotion comme un père et s’autorisa un instant de profonde tristesse. Il se ressaisit vite. Si Otsuä possédait les quatre éléments naturels, un restait encore en sommeil. Or, pour invoquer l’esprit des immortels, il fallait parvenir à exprimer les quatre dons magiques, en même temps. Ces quatre pouvoirs ouvraient la porte de l’immortalité. L’appropriation de l’élément restant nécessitait un apprentissage long et pénible. Heureusement pour Otsuä, Maître C connaissait un sort permettant de réveiller les dons endormis.

Retourna dans le corps de sa patiente, le maître bricola une magie miraculeuse. La médecine fit son effet, le gentilhomme sortit du corps, invita Otsuä à exprimer sa nouvelle magie. Elle n’avait qu’à penser, le don apparaîtrait. L’élève pensa à la terre. L’élément sortit lentement de sa main, devint un caillou, une roche, et partit s’écraser contre le mur. Emerveillée, elle récidiva, balança des rochers partout, fit des trous dans les murs et le plancher, transforma la pièce en passoire, défonça l’hôtel particulier. Maître C pleura de joie. Il se sentait toujours père, et se réjouissait que l’enfant accède à l’immortalité. Otsuä ne devait plus perdre de temps. Il fallait qu’elle exprime les quatre éléments de la nature dès à présent. L’élève fit sortir ses dons. Tout trembla dans l’hôtel éventré. Le sol se fendit, et le pauvre Maître C manqua de tomber dans la fosse. Il sauta pour éviter la mort, voulut s’envoler avec sa magie. Un vent violent le projeta contre un pan de mur. Maître C retomba, la terre s’écartela pour l’engloutir. Enfin, il était décédé. Otsuä ne remarqua pas la disparition de son précepteur. Elle abandonnait le monde, s’envolait vers l’esprit des immortels…


 

Bientôt la fin du Tablier de brocart

Gourmande Otsuä… le plat que l’on te sert sera t-il à ton goût ?

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