Le tablier de brocart – chapitre III

La servante affamée se remplit le ventre de cuisses de dinde en délirant sur son futur prochain. Si seulement elle contrôlait sa magie ! Elle s’en irait dès à présent, et ne subirait plus l’humiliation et la brutalité… Otsuä parviendra t-elle à se défaire de ses maîtres ? Qui sait quelle sera leur réaction, au lendemain de la réception interrompue…

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Précédemment dans Le tablier de brocart

Les maîtres préfèrent se réjouir dans les coups de bâton.

Le lendemain matin, ils débarquèrent dans la mansarde de la servante, criant et vociférant. Madame et Monsieur fracassaient Otsuä contre les murs, frappaient leurs bâtons dans son ventre, l’esclave répandait son sang partout. Il arriva qu’un peu de ce liquide rencontra la robe à la française de Madame. Il moucheta le brocart d’or, et l’ensemble fut assez ravissant. Monsieur interrompit sa violence pour plaisanter. Madame hurla que le temps n’était pas à la contemplation, que la pauvreté avait bafoué l’aristocratie, que la mendiante avait souillé l’étoffe, que la robe était neuve, qu’il faudrait la jeter, que la sorcellerie avait certainement commandé le cœur de la vilaine Otsuä.

—  Ce n’était pas assez que d’avoir recueilli une petite pauvresse ! Il fallait qu’elle nous assassine avec sa bizarrerie, encore ! Je ne supporte plus cette magie perfide !

—  Allons, Madame, ces choses-là arrivent fortuitement. Il y a beau temps que l’envoûtement tapisse notre royaume. Les escamoteurs remplissent les cirques et les bourses des artistes. Peut-être devrions-nous tirer profit de sa déviance ?

Otsuä ouvre tous ses orifices. Pour la première fois, elle loue le langage de Monsieur.

—  Monsieur, votre balourdise me consterne. Qu’y a-t-il entre nous et cette diablesse ? Vous savez bien que ces êtres sont maudits.

—  Vous avez raison, Madame.

—  Comme toujours.

Il ne fallait rien espérer de Monsieur.

—  Comment ? Je resterais avec cette crotte qui m’humilie devant les seigneurs du royaume ? Je n’en puis plus ! Allez dès à présent convoquer un exorciste, qu’il éradique le mal de cette gueuse !

Les maîtres s’en allèrent, satisfaits de s’être divertis sur leur servante. Otsuä ramassa ses bouts de corps, raccommoda sa silhouette, colmata ses cavités. Elle n’était plus jolie du tout. Elle était jolie à cent mètres par temps de pluie. Elle se lamenta sur son visage fracassé. Quelle injustice ! Une figure si aimable… Quelle misérable condition ! Otsuä pensa très fort, cria son désespoir dans sa petite mansarde. Si seulement elle contrôlait sa magie ! Le don venait comme un brigand, la pauvresse était spectatrice de ses œuvres. Peut-être existait-il un manuel d’apprentissage ? Otsuä s’instruirait vite et bien ; elle quitterait ses maîtres et découvrirait le monde véritable…

Notre petite Otsuä a encore un peu d’énergie pour réfléchir… Rendez-vous mercredi prochain pour découvrir le fruit de ses recherches !

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