Le tablier de brocart – chapitre II

Otsuä est une fille bien singulière… voir à travers les murs ? Créer des flammes ? Pourquoi reste t-elle esclave de ses seigneurs ? Avec de tels pouvoirs, elle pourrait bien s’enfuir ! Otsuä cache t-elle autre chose ?

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Précédemment, dans Le tablier de brocart

Otsuä était une sorcière. Hélas, sa bizarrerie ne colorait pas son quotidien. Pire ! Elle aggravait son absence de condition. C’est que la pauvre servante ne maîtrisait pas ses dons étranges.

Un soir, elle vola, sans le vouloir, jusqu’à la salle de réception de ses seigneurs. Madame et Monsieur étaient en plein banquet, au milieu de princes, de ministres, de dindes, d’agneaux, de maquereaux, de saumons, et le riz parfumé, les pommes de terre sautées, les petits pois, les sauces, bientôt, les fromages et les desserts, peut-être, un millefeuille, ou une forêt noire ?

Otsuä avait juste faim. Son ventre avait certainement commandé sa petite magie, et la voici qui s’envolait vers les victuailles. L’assemblée la surprit, Madame et Monsieur s’épouvantèrent, la servante tomba sur la dinde, Monsieur et Madame la souffletèrent copieusement, les convives crurent à quelque numéro de cirque pour animer la soirée et applaudirent.

Otsuä courut se terrer dans sa mansarde. Horrifiée, elle se vit décéder là, dans sa poussière – peut-être demain, lorsque la fête ne serait plus. Ses maîtres la lapideraient, laisseraient ses bouts d’os dans la chambre crottée, les rats seraient témoins et complices ; ils se jetteraient sur sa carcasse. Son effroi disparut vite. Elle avait toujours faim. Fouillant dans la large poche de son tablier, Otsuä sortit une grosse cuisse de dinde. Elle n’était pas si mal tombée, finalement.

—    Il ne fait pas bon réfléchir dans la disette. Restaurons-nous. Peut-être mes maîtres oublieront-ils cet incident. N’était-ce pas une farce ? J’ai amusé leurs convives, ils me remercieront demain. Je mérite bien une pistole. Un gigot. Et ces lambeaux qui me servent d’accoutrement… Qu’ils m’achètent donc un uniforme, je jouerai des tours et leurs invités se réjouiront. Enfin, nous ferons bon commerce !

Pourquoi ne pas rajouter un fiacre ? Je suis esclave, et mes journées sont un calvaire ! La serpillère et le balai sont des châtiments bien trop doux, mes maîtres m’envoient commercer dans toute la ville, négocier dur les mets des cuisiniers – les marchands me prennent pour une truande, ils me persécutent, je crie que je suis la servante, que les cuisiniers ne veulent pas porter les courses, que mes maîtres ne lâchent pas facilement les pistoles, que la détresse se répand comme l’épidémie, qu’il faut me prendre en pitié. Les gredins me rançonnent et me battent, je rentre toute rapiécée, m’écroule avec mes kilos alimentaires, Madame me tronçonne car je suis en retard, les cuisiniers me déchiquètent car j’ai abîmé les fruits. Qu’on m’alloue un fiacre ! Je serai rapide à la course et ne subirai plus la friponnerie et l’insulte.

Voilà qui est bien exposé. Ainsi m’exprimerai-je demain. Mes maîtres se raviront d’avoir une servante avec de l’esprit… !

Otsuä a t-elle raison de s’enthousiasmer ? La réponse mercredi prochain !

 

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