Le tablier de brocart – chapitre I

Plongée dans le merveilleux petit théâtre de la servante Otsuä : brimades, coups et autres humiliations sont les ravissements de son quotidien. Qui sauvera la jeune fille ? Qui l’emmènera loin de ses bourreaux, loin, vers la liberté ?

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Otsuä était une jeune fille assez rêveuse, et les errements de son esprit désespéraient ses maîtres.

Sans cesse, la domestique abandonnait la besogne pour plonger dans la mollesse la plus indécente, délirer sur une vie d’abondance, avec une nourriture copieuse, des voyages sans fin, et, toujours, une toilette remarquable. Dans ses songes, Otsuä dévorait le temps pour vivre enfin, loin du balai, vivre beaucoup, pour toutes ces années perdues dans la terreur de ses seigneurs. Et les maîtres la trouvaient macérant dans sa folie, et ils s’alarmaient, et ils calmaient leur peine dans la violence la plus gratuite. Les coups pleuvaient sur la servante.

Elle restait cependant fort jolie ; jamais son corps ne gardait trace de la brutalité des seigneurs. Son visage était touchant, sa gorge, aimable, ses hanches, bien développées. Tout chez elle était fait pour séduire. Otsuä ne charmait que les serpillières et maudissait chaque jour sa génétique. Elle était – disaient ses maîtres – pauvre, fille de pauvre, miséreuse sur mille générations, enfant de la crotte. Otsuä ne pouvait qu’accepter l’offense et la maltraitance. Elle ne se connaissait ni mère ni père. Pas même une ombre de tante, un bout d’oncle, un morceau de grand-mère. Longtemps, elle crut réellement être née dans le chiffon.

Ses bourreaux nourrissaient ses tourments, raillaient sa misère. Oh ! Les coquins riaient, riaient bien fort ! Et Otsuä maudissait, maudissait. Elle espérait, lorsque les bastonnades de ses tortionnaires se faisaient trop passionnées, pouvoir, elle aussi, se défouler. Elle fracasserait l’ossature branlante de Madame, et la femme deviendrait toute laide, ainsi démembrée. Elle pulvériserait le petit ventre de Monsieur, jamais plus il ne pourrait se noyer dans ses orgies culinaires. C’est qu’Otsuä n’était pas une pauvresse ordinaire. Elle pouvait faire voler des objets, créer de petites flammes au bout de ses doigts, lancer des gerbes d’eau, voir à travers les murs…

La suite mercredi prochain !

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